Karl Ludwig Schulmeister
Karl Ludwig Schulmeister vient au monde le 5 août 1770 à Neue-Freistett, dans le duché de Bade, d'un père pasteur luthérien.
Après avoir été employé en qualité de fonctionnaire, il s'installe comme quincaillier dans sa ville natale, et exerce ce métier jusqu'en 1797.
C'est peut-être à cette époque qu'il fait la connaissance d'Anne Jean-Marie René Savary, capitaine dans les troupes françaises qui opèrent à peu dans la région de Neue-Freistett à deux reprises en juin 1796, puis en avril 1797.
En 1798, il s'établit à Strasbourg comme épicier et marchand de tabac, tout en se livrant également à la contrebande.
Selon de nombreux auteurs, Schulmeister aurait obtenu son emploi d'espion au cours du mois de septembre 1805, en paraissant successivement devant Napoléon lui-même sous divers déguisements impénétrables. L'Empereur est alors en route pour prendre la tête de la Grande-Armée et entamer la campagne d'Allemagne.
Toutefois, aucun document officiel ni témoignage digne de foi n'étaye ce qui n'est fort probablement qu'une fable. D'autant que Schulmeister se trouve à l'époque en délicatesse avec les autorités françaises. Le préfet du Bas-RhinHenri d'Alton de Shée, vient de prendre contre lui un arrêté d'expulsion.
En fait, en septembre 1805, travaille pour les Autrichiens. Le général Karl Mack von Leiberich le confirmera devant le conseil de guerre tenu en 1806-1807 pour examiner sa conduite durant la campagne précédente.
Les renseignements que lui fournit Schulmeister jusqu'à la mi-octobre sont d'ailleurs exacts et celui-ci ne porte pas la responsabilité du mauvais usage qui en sera fait par ses employeurs.
Il change de camp vers le 15 octobre, au cours d'une mission à Stuttgart. Le 21, il présente son premier rapport à Savary. Après la reddition d'Ulm, celui-ci l'envoie vers l'est et la zone d'opérations des Russes de Mikhaïl Illarionovitch Golenichtchev-Koutouzov (Михаил Илларионович Голенищев-Кутузов).
Sur son chemin, il croise un officier autrichien de ses amis. Non seulement il en tire directement des informations, mais sa fréquentation lui permet en outre de se mêler aux militaires alliés à Braunau. Il apprend ainsi l'intention qu'ont les Russes de se replier pour attendre des renforts. Il en avertit aussitôt les Français.
Malgré, une nouvelle fois, l'absence de tout document officiel l'attestant, la légende évoque l'arrestation de Schulmeister par les Autrichiens, puis son évasion.
Ce qui est certain, en revanche, est qu'il se présente à Savary le 13 novembre, à Vienne. Deux jours plus tard, Schulmeister est nommé commissaire de la police de sûreté dans le gouvernement militaire du général Antoine François Andréossy. Il y déploie une grande activité, secondé par un réseau d'émissaires envoyés en territoire ennemi.
Sa situation pendant les quelques mois qui suivent la paix de Presbourg n'est pas claire : nouvelle arrestation par les Autrichiens au cours d'une autre mission, retour à Strasbourg..., aucun document, cette fois encore, ne permet de trancher.
Le 19 mars 1806, toutefois, sa présence à Paris est prouvée par la lettre que lui remet Savary à destination du préfet du Bas-Rhin. Elle sollicite de ce dernier le retrait de l'ordonnance d'expulsion émise l'année précédente, eu égard aux services rendus à la l'armée française par celui qui en fait l'objet.
Délivré de cette épée de Damoclès, Schulmeister acquiert le vaste domaine de la Canardière, à Meinau, dans les environs de Strasbourg. La guerre l'a considérablement enrichi.
Schulmeister participe aux campagnes de Prusse et de Pologne aux côtés de Savary. Le 17 septembre 1806, celui-ci lui écrit pour le prier de repartir en mission. Schulmeister glane d'abord quelques informations à Dresde. Il accompagne ensuite son mentor chargé du commandement d'une brigade de cavalerie légère puis, de janvier à mars 1807, de celui du Ve Corps en remplacement de Jean Lannes, malade. Dans ce cadre, Schulmeister s'empare de la ville de Wismar, participe au combat d'Ostrolenka, puis à la bataille de Friedland [Pravdinsk - Правдинск], où il est blessé. Il en gardera une cicatrice au visage.
Le 17 juin 1807, Schulmeister est nommé préfet de Police de la ville de Koenigsberg, dont Savary est gouverneur. Il occupe ce poste jusqu'à la paix de Tilsitt.
L'année suivante, toujours sous le patronnage de Savary, Schulmeister devient chef de la sûreté de la ville d'Erfurt le temps de l'entrevue entre Napoléon, AAlexandre Ier et tout ce que l'Allemagne compte de têtes couronnées. Ses fonctions en font le responsable de la sécurité des souverains.
Schulmeister finit l'année 1808 à Strasbourg. Il s'y emploie, entre autres activités, à entrer en possession pour le compte de Savary, récemment nommé duc de Rovigo, des domaines allemands rattachés à ce titre.
Durant la campagne d'Autriche, Schulmeister, rappelé par Savary, se consacre aux questions de police militaire. S'il s'occupe d'espionnage, c'est sans qu'une trace officielle en ait été gardée. D'ailleurs, Napoléon, jusqu'à Essling, est mal renseigné.
Le 13 mai 1809, Savary est envoyé à Vienne dans le cadre de la capitulation de la ville, en cours de négociation. Un groupe hostile l'attaque. Schulmeister, présent en tant qu'interprète, sauve la vie de son chef en abattant un des assaillants. Un peu plus tard, il retrouve ses fonctions de 1805 comme commissaire général de la police (ou commissaire central). Il rentre à Strasbourg après le Traité de Schoenbrunn.
Les années suivantes, Savary occupant désormais le ministère de la Police, Schulmeister ne participe plus aux campagnes napoléoniennes. S'il a apporté son concours au gouvernement, aucune trace n'en a été conservée.
Durant les Cent-Jours, contrairement à la légende, il ne s'introduit pas en Autriche pour enlever le roi de Rome. Peut-être, par contre, porte-t-il à Marie-Louise la dernière lettre de Napoléon.
Quand les Alliés entrent à Paris, le 6 juillet 1815, Schulmeister, se sachant recherché, se cache. Il est d'abord retrouvé par les Autrichiens, qui lui proposent de travailler à leur profit. Il accepte et leur fournit des renseignements d'ordre politique. Mais les Prussiens le dépistent à leur tour et, moins conciliants, l'arrêtent.
La signature du second traité de Paris lui vaut sa libération. Il rentre à Strasbourg, mais il a perdu une bonne part de sa fortune et doit vendre des propriétés.
Il meurt chez lui le 8 mai 1853.
Les fonctions officielles occupées par Schulmeister au cours des campagnes napoléoniennes semblent peu compatibles avec la qualité d'espion et les aventures qu'on lui prête. Sa renommée se répandit cependant très tôt. Charles-Louis Cadet de Gassicourt se fit l'écho de ses exploits dans ses souvenirs, et assure en avoir vérifié la véracité auprès d'un nombre considérable d'officiers supérieurs. Le manque de documents et de témoignages concordants autorise pour le moins le doute.
Si l'on décide malgré tout de croire en sa légende, le principal fait d'armes de Schulmeister serait la capitulation d'Ulm. L'espion aurait pénétré dans la ville sous un déguisement, rencontré à plusieurs reprises Mack en se faisant passer pour un hongrois et convaincu celui-ci du départ prochain de Napoléon au moyen d'un faux journal annonçant une révolution en France. La décision malheureuse de Mack de s'enfermer à Ulm serait donc essentiellement son oeuvre.
Elle lui attribue également l'audace de s'être invité, la même année, à un conseil de guerre présidé par l'Empereur d'Autriche lui-même.