Bataille d'Ulm
Date et lieu
- 15 au 20 octobre 1805 à Ulm, en Bade-Wurtemberg, à la frontière avec la Bavière.
Forces en présence
- Armée française (80 000 hommes), sous le commandement de l'Empereur Napoléon 1er.
- Armée autrichienne (40 000 hommes), sous les ordres du général Karl Mack von Leiberich.
Pertes
- Armée française : 500 hommes tués, 1 000 blessés
- Armée autrichienne : 4 000 hommes tués, 27 000 prisonniers
Panoramique aérien
Parmi les succès de Napoléon, la prise d'Ulm s'inscrit au nombre des plus grands et des moins coûteux en vies humaines. Elle conclut une série de manoeuvres brillantes couronnées par la capitulation d'une armée autrichienne de près de 40 000 hommes.
Météo
Le temps est exécrable. La pluie tombe sans interruption, au point de provoquer une crue du Danube. Cantonnements et hôpitaux sont inondés.
Opérations préliminaires
En ce début de campagne (le Rhin a été franchi le 25 septembre 1805), Napoléon a fait marcher les différents Corps de son armée de façon à isoler celle du général Karl Mack von Leiberich du reste des forces autrichiennes.
Bataille d'Haslach
La manoeuvre manque échouer le 11 octobre, quand Mack tente de s'échapper en direction de la Bohême alors que toutes les dispositions sont prises pour l'intercepter au sud du Danube.
Par bonheur pour les Français, près d'Haslach [Unterhaslach / Oberhaslach ] [48.44301, 10.01764], au nord-nord-est d'Ulm, il se heurte dans sa fuite à la division Pierre Dupont de l'Étang (VIe Corps) , qui s'avance, suivie à distance par les dragons à pied de Louis Baraguey d’Hilliers , pour prendre possession d'une ville que le commandement français croit abandonnée par ses défenseurs.

Malgré une infériorité numérique écrasante, privé qu'il est du soutien de Baraguey d'Hilliers, prévenu trop tard, Dupont parvient à endiguer le mouvement autrichien au prix de la destruction de deux de ses régiments. L'audace du général français — il a pris l'initiative de l'attaque — convainc Mack d'avoir affaire à l'avant-garde de la Grande-Armée. Il fait demi-tour et retourne s'enfermer dans Ulm.
Préparatifs français
Le 12, Napoléon tire les conséquences de cet engagement. Il lui faut d'urgence envoyer des troupes supplémentaires au nord du Danube, les restes de la division Dupont ne pouvant à eux seuls contenir Mack s'il tente une nouvelle échappée. Les renforts russes arrivant du nord-est à la rescousse de Mack se trouvant encore loin, il dispose du temps nécessaire. Le maréchal Michel Ney, à la tête du VIe Corps, est donc chargé de prendre le pont d'Elchingen afin de rouvrir un passage vers le nord du Danube. C'est chose faite le surlendemain.
Dès le soir de la bataille d'Elchingen, dans la nuit du 14 au 15 octobre 1805, Napoléon envoie les trois divisions du Ve Corps de Jean Lannes et les dragons de Dominique-Louis-Antoine Klein rejoindre Ney sur la rive gauche du Danube.
Dissensions autrichiennes
Le même jour, le Corps du général Werneck sort d'Ulm pour chercher une issue par laquelle l'armée autrichienne pourrait échapper à l'encerclement. Il se heurte à Dupont, qui le bat et lui coupe le chemin du retour.
Dans la cité, une sévère altercation oppose l'archiduc Ferdinand Charles Joseph d'Autriche-Este, chef nominal de l'armée et partisan d'une évacuation rapide de la ville, au général Mack, son chef d'état-major, qui entend au contraire s'y cramponner. Celui-ci exhibe soudain un document gouvernemental lui donnant la prééminence en cas de désaccord avec son supérieur. L'archiduc, furieux, outrepasse les consignes de son ci-devant subordonné et quitte la ville avec 6 000 cavaliers et un peu d'infanterie.
Positions françaises
Le 15 au matin, la ville est cernée à distance. Les positions des différents Corps français s'organisent ainsi :
- Ney (VIe Corps) forme l'aile droite (ouest) du dispositif, depuis le bois de Mähringen à droite, jusqu'en avant de Jungingen, le centre se trouvant face à Lehr ;
- Lannes (Ve Corps) se tient à sa gauche, avec de droite à gauche, la division Suchet, dont la brigade Michel Marie Claparède , puis la division de grenadiers de Nicolas Oudinot, qui coupe la route d'Albeck ;
- Servent de réserve :
- La Garde, qui occupe Haslach, appuyant sa gauche sur Thalfingen ;
- La 4e division de dragons de François Antoine Louis Bourcier ;
- La 1re division de cavalerie lourde d'Étienne Marie Antoine Champion de Nansouty .
Les deux dernières appartiennent à la réserve de cavalerie commandée par Joachim Murat et sont positionnées derrière Lannes ;
- Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont (IIe Corps) complète le dispositif au sud du Danube, avec la 3e division de dragons de Marc Antoine Bonin de la Boninière de Beaumont et la division de grenadiers à pied de Baraguey d'Hilliers (Réserve de cavalerie).
Les combats autour d'Ulm
Le 15 octobre 1805, Napoléon invite les Autrichiens à se rendre. Mack refuse. Il compte sur l'arrivée imminente d'une armée russe. Il espère peut-être également un départ des Français, sur la fois de renseignements mensongers fournis par l'espion de Napoléon, Karl Ludwig Schulmeister. En attendant, sa seule faiblesse tient à son manque de provisions. Pour le reste, les munitions ne lui manquent pas et il sait que les Français ne disposent pour l'heure d'aucun matériel de siège.
Devant cette fin de non-recevoir, Ney prend l'offensive vers 14 heures 30 en envoyant le général Jean-Pierre Firmin Malher (VIe Corps), s'emparer des hauteurs du Michelsberg [48.41168, 9.98326], qui dominent la ville d'Ulm au nord-nord-ouest.

Après avoir été repoussés une première fois, ils reviennent à la charge, et prennent possession de cette position stratégique.
Simultanément, le général Louis-Gabriel Suchet (Ve Corps) attaque le Frauensberg [48.41173, 9.98812], tout proche, au nord.
Dans la soirée, les Français du général Louis Henri Loison (VIe Corps) arrivent si près des murs de la ville que Ney tente de la prendre sur-le-champ. Les divisions des généraux Suchet et Claparède se ruent à l'assaut. Ils s'emparent d'un bastion. Quelques soldats parviennent même à pénétrer dans la cité. Ils y sont faits prisonniers. Le reste est repoussé.
À l'issue de ces combats, la ville d'Ulm est étroitement encerclée par les Corps de Ney et Lannes au nord, et celui du général Marmont au sud.

De son côté, le Feldmarschalleutnant autrichien Franz von Werneck tente de se porter sur les arrières des Français entre Langenau et Albeck afin de les attaquer le 16. L'archiduc Ferdinand, qui l'a rejoint à Heidenheim avec les 11 escadrons qui lui restent après la féroce poursuite menée par Murat, le lui interdit.
La reddition d'Ulm
Le 16, Napoléon refuse la prise d'assaut que ses maréchaux lui réclament. Il y voit un moyen trop coûteux en hommes et en munitions de hâter une chute qui lui semble inévitable.
Du côté autrichien, les généraux demandent alors à leur chef de mettre bas les armes. Mack, espérant toujours l'arrivée prochaine des Russes, rejette d'abord leur requête.
Toutefois, le lendemain, face au manque de nourriture et après avoir subi un court bombardement, il cède et entre en négociation avec Napoléon. Il signe avec Louis-Alexandre Berthier une convention dont les conditions lui paraissent suffisamment honorables et qui stipule que la place sera rendue à l'armée française le 25 si aucun secours ne se présente d'ici là.
Le 18, harcelé par Murat, Werneck dépose les armes à Trochtelfingen, avec les 8 000 hommes qui l'entourent. L'archiduc Ferdinand parvient à s'enfuir vers la Bohême avec 2 000 cavaliers à peine.
Le 19 octobre, informé par Napoléon de cette capitulation, Mack se résigne à anticiper sa reddition.
Le lendemain, 27 000 hommes et 18 généraux autrichiens défilent durant cinq heures devant Napoléon et son état-major. À la différence des soldats, gardés captifs, les officiers sont autorisés à conserver leurs armes et à rentrer chez eux s'ils s'engagent à ne plus combattre contre la France.
Bilan
Les Français n'ont perdu que 1 500 hommes environ.
4 000 soldats autrichiens ont été tués et 27 000 sont faits prisonniers, appartenant aux régiments d'infanterie suivants, dont certains comptent parmi les plus brillantes unités autrichiennes :
- N° 1 (Empereur François II)
- N° 3 (Archiduc Charles)
- N° 8 (Archiduc Louis)
- N° 11 (Archiduc Rainer)
- N° 12 (Friedrich marchese Manfredini)
- N° 15 (Freiherr Carl von Riese)
- N° 24 (Carl von Auersperg)
- N° 28 (Michael von Fröhlich)
- N° 36 (Johann Karl Kolowrat-Krakowsky)
- N° 41 (Friedrich von Sachsen-Hildburghausen)
- N° 54 (Joseph Froon von Kirchrath)
- N° 57 (Joseph Maria von Colloredo-Mels und Wallsee)
- N° 64 (Johann Gabriel Chasteler de Courcelles)
65 canons et 40 drapeaux tombent également aux mains des Français.
La victoire est totale. Il s'agit d'un véritable triomphe stratégique pour Napoléon.
Le général Mack est condamné par une cour martiale autrichienne à la dégradation et à deux ans d'emprisonnement. En 1819, il est réintégré dans l'armée à la demande de Schwarzenberg.
Carte de la bataille d'Ulm
Tableau - La reddition d'Ulm. Peint par Charles Thévenin (1764-1838).
Le rôle de Karl Ludwig Schulmeister dans la capitulation d'Ulm a été embelli par la légende. Il est certain qu'il était en relation avec le général Mack. Celui-ci l'a confirmé au cours de sa comparution devant le conseil de guerre qui examina sa conduite. Toutefois, jusque vers le 15 octobre, il est à peu près certain que le futur maître espion
de Napoléon travaillait bien pour les Autrichiens. Les renseignements qu'il leur fournit avant cette date sont exacts. Qu'ils n'en aient pas tiré avantage leur incombe. Par la suite, en revanche, Schulmeister changea de camp. La note qu'il rédigea pour Anne Jean Marie René Savary le 21 octobre se présentait comme un premier compte-rendu, faisant état des informations livrées à Murat le 17 et des instructions reçues de Savary le 18. D'autre part, on sait que Napoléon n'a pas disposé de renseignements sûrs jusqu'à cette période. Schulmeister ne s'était donc pas encore mis à son service.
Ordres de bataille du 15 octobre 1805
Ordre de bataille français
| Empereur Napoléon Ier | Garde impériale | Maréchal Jean-Baptiste Bessières | IIe Corps d'armée | Général Marmont | 1re division d'infanterie | Général Jean Boudet |
| 2e division d'infanterie | Général Emmanuel de Grouchy | |||
| 3e division d'infanterie batave | Général Jean-Baptiste Dumonceau | |||
| Cavalerie | Général Jean Laurent Justin Lacoste-Duvivier | Ve Corps d'armée | Maréchal Lannes | 1re division de grenadiers | Général Oudinot |
| 2e division d'infanterie | Général Honoré Théodore Maxime Gazan | |||
| 3e division d'infanterie | Général Suchet | |||
| Cavalerie | Général de brigade Jean-Louis François Fauconnet | VIe Corps d'armée | Maréchal Ney | 1re division d'infanterie | Général Dupont de l'Étang |
| 2e division d'infanterie | Général Loison | |||
| 3e division d'infanterie | Général Malher | |||
| Cavalerie | Général Jacques Louis François Delaistre de Tilly | Réserve de cavalerie | Maréchal Murat | 1re division de cavalerie lourde | Général Nansouty |
| 2e division de cavalerie lourde | Général Jean Joseph Ange d'Hautpoul | |||
| 1re division de dragons | Général Klein | |||
| 2e division de dragons | Général Frédéric Henri Walther | |||
| 3e division de dragons | Général Bonin de la Boninière de Beaumont | |||
| 4e division de dragons | Général François Antoine Louis Bourcier | |||
| Division de dragons à pied | Général Baraguey d'Hilliers | |||
Ordre de bataille autrichien
| Archiduc Ferdinand (Commandant en chef nominal) Feldmarschalleutnant Mack (Commandant en chef réel) | ||||
| Corps d'armée Kienmayer | Feldmarschalleutnant Michael von Kienmayer | Brigade Caramelli | Général Major Johann Karl Caramelli | |
| Brigade Thelen | Général Major Konrad von Thelen | |||
| Brigade Hager | Colonel Johann Nepomuk Hager von Altensteig | |||
| Brigade Nostitz | Général Johann Nepomuk Nostitz-Rieneck | Corps d'armée Werneck | Feldmarschalleutnant Werneck | Division Auffenberg | Feldmarschalleutnant Franz Xaver von Auffenberg |
| Division Kerpen | Feldmarschalleutnant Wilhelm Lothar Maria von Kerpen | |||
| Division Hohenzollern | Feldmarschalleutnant Friedrich Franz Xaver zu Hohenzollern-Hechingen | |||
| Détachement Aspre | Général Major Konstantin Ghilain Karl d'Aspré von Hoobreuk | Corps d'armée Schwarzenberg | Feldmarschalleutnant Karl Philipp zu Schwarzenberg | Division Klenau | Feldmarschalleutnant Johann Joseph Cajetan Klenau und Janowitz |
| Division Gottesheim | Feldmarschalleutnant Friedrich Heinrich von Gottesheim | Corps d'armée Riesch | Feldmarschalleutnant Johann Sig(is)mund von Riesch | Division Gyulay | Feldmarschalleutnant Ignaz Gyulai von Máros-Németh und Nádaska |
| Division Loudon | Feldmarschalleutnant Johann Ludwig Alexius von Loudon | |||
| Division Hessen-Homburg | Feldmarschalleutnant Friedrich VI Joseph Ludwig zu Hessen-Homburg | |||
La campagne d'Allemagne de 1805 jour après jour
Crédit photos
Photos par Lionel A. Bouchon.Photos par Marie-Albe Grau.
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