Emmanuel de Las Cases
Comte de l'Empire
Prononciation :
Emmanuel Augustin Dieudonné Joseph de Las Cases naît le 21 juin 1766 au château de Las Cases, près de Revel (sur le territoire de l'actuelle commune de Blan, dans le département du Tarn). Il appartient à une famille de la noblesse provinciale d'extraction ancienne. Destiné de ce fait à la carrière des armes, il reçoit une excellente éducation militaire, d'abord au sein de l'école de Vendôme, puis à l'École militaire de Paris.
Il intègre ensuite la Marine royale et participe activement à plusieurs engagements navals lors des campagnes de 1781 et 1782, au cours de la guerre d'indépendance américaine. Un avancement régulier l'amène à obtenir le grade de lieutenant de vaisseau en 1789. La Révolution française interrompt brutalement sa carrière. Comme nombre de ses pareils, Las Cases fait le choix de l'émigration. Il quitte la France en 1790 pour rejoindre l'Angleterre, renonçant de fait à son grade d'officier.
La période qui suit s'avère difficile pour Las Cases. Engagé dans l'armée des émigrés, il participe en tant que combattant volontaire à la désastreuse expédition de Quiberon, menée entre le 23 juin et le 21 juillet 1795. Sorti par miracle vivant de cette débâcle, il regagne Londres pour y connaître la plus grande misère. Il subvient alors péniblement à ses besoins en exerçant la profession de précepteur privé.
C'est pourtant durant ces années de galère que Las Cases conçoit et mène à bien sa première grande réalisation. Il élabore une synthèse novatrice, l'Atlas historique, généalogique, chronologique et géographique où il spatialise et synchronise visuellement les données historiques des dynasties européennes. L'ouvrage est publié à Londres en 1801, sous le pseudonyme d'A. Le Sage, et rencontre un immense succès.
Las Cases rentre en France en 1802, à la faveur de la loi d'amnistie consécutive à la paix d'Amiens. Entre 1803 et 1804, il publie à Paris la première édition française de son atlas. Elle lui apporte une fortune personnelle substantielle et une notoriété d'érudit. Elle attire aussi sur lui l'attention bienveillante du nouveau régime.
La sympathie des autorités à son égard est renforcée par le ralliement ostensible de Las Cases à l'Empire (il va jusqu'à renoncer publiquement à son titre héréditaire de marquis). En 1809, l'ex-officier de marine entame une nouvelle carrière de fonctionnaire en entrant au Conseil d’État avec le titre de maître des requêtes. Il se voit également confier la fonction prestigieuse de chambellan de l'Empereur. Cette proximité croissante avec le pouvoir central est récompensée, le 16 décembre 1810, par le titre de comte de l'Empire.
En tant que maître des requêtes, Las Cases s'affirme comme un administrateur rigoureux. Entre 1811 et 1812, il remplit d'importantes missions d'inspection territoriale en Hollande, récemment annexée, ainsi que dans les Provinces illyriennes (région couvrant une partie des actuelles Croatie et Slovénie). Ses rapports circonstanciés portent sur l'état des hôpitaux, des prisons, mais aussi des arsenaux et des infrastructures maritimes. Il trouve ainsi à exercer ses anciennes compétences d'officier de marine.
L'effondrement du régime en avril 1814 le contraint temporairement à un nouvel exil en Angleterre. Mais il rentre en France et rejoint immédiatement l'Empereur dès le début des Cent-Jours, en mars 1815.
Après le désastre de Waterloo, il suit Napoléon jusqu'à Rochefort. Il y assume avec d'autres le rôle de parlementaire auprès du capitaine britannique Frederick Lewis Maitland , commandant du HMS Bellerophon. Ces négociations se terminent funestement, par la captivité et la déportation de Napoléon sur l'île de Sainte-Hélène.
Autorisé à accompagner l'Empereur en exil, Las Cases lui sert de secrétaire particulier officieux durant dix-huit mois. Tout au long de cette période, il consigne scrupuleusement les moindres entretiens quotidiens. Ce travail systématique prend brusquement fin en novembre 1816.
Ayant tenté d'expédier clandestinement une missive à Lucien Bonaparte pour dénoncer publiquement les mauvais traitements infligés par le gouverneur Hudson Lowe, Las Cases est arrêté, éloigné de Napoléon et expulsé de l'île, non sans que toutes ses notes lui aient été confisquées.
Gardé captif au Cap de Bonne-Espérance durant huit mois, puis exilé en Allemagne et en Belgique, Las Cases ne reçoit l'autorisation formelle de rentrer en France qu'en 1822, après le décès de Napoléon.
Ayant recouvré son manuscrit original, il le publie entre 1822 et 1823 sous le titre de Mémorial de Sainte-Hélène. Cette édition en huit volumes devient immédiatement l'un des plus grands succès de librairie de son époque, forgeant la légende napoléonienne en présentant Napoléon comme le continuateur pacificateur et libéral de la Révolution. Il établit par là le socle idéologique sur lequel va se construire le bonapartisme moderne.
Profondément hostile à la Restauration bourbonienne, Las Cases applaudit la révolution de 1830. Porté par le rayonnement du Mémorial, il entame une ultime carrière, politique cette fois, sous la monarchie de Juillet.
Le 5 juillet 1831, il est élu député du 14e arrondissement de la Seine, correspondant à la circonscription de Saint-Denis. Siégeant résolument à l'extrême gauche, il s'oppose avec virulence aux gouvernements conservateurs de Louis-Philippe et figure parmi les signataires du célèbre Compte rendu de l'opposition en 1832.
Non réélu en 1834, il parvient à reconquérir son siège le 2 mars 1839. Il poursuit son travail de contestation législative jusqu'à la fin de ce mandat le 12 juin 1842. Figure tutélaire du mouvement bonapartiste, il s'éteint le 15 mai 1842 à Passy (Seine), à l'âge de 75 ans.
Il repose au cimetière de Passy, dans le quartier de La Muette, à Paris.
Portrait du XIXe siècle
En 1840, son fils participa à l'expédition qui ramena les cendres de Napoléon à Paris.
Une statue de Las Cases se dresse à Lavaur (Tarn), près de la cathédrale Saint-Alain.