Pierre-François Réal - Juriste et Policier
Comte de l'Empire
Prononciation :
Pierre-François Réal naît le 29 mars 1757 à Chatou (Île-de-France, aujourd'hui dans le département des Yvelines). Fils d'un garde-chasse, il suit des études de droit et devient avocat au Parlement de Paris. Après 1789, il embrasse les idées nouvelles avec enthousiasme et se lie, dès le début de la Révolution, avec des personnalités importantes du district des Cordeliers (devenu section des Théâtres-Français en mai 1790), notamment Georges Danton et Camille Desmoulins.
Sa carrière prend son envol après le 10 août 1792 et la chute de la royauté. Il est nommé accusateur public du tribunal criminel extraordinaire le 17 août, poste où il fait preuve d'une certaine rigueur. Il occupe également la fonction de premier substitut du procureur de la Commune de Paris de décembre 1792 à mars 1794 (le second étant le célèbre Jacques-René Hébert, fondateur et rédacteur du très populaire Père Duchesne). Ce poste l'installe au centre du pouvoir parisien. Arrêté en thermidor an II (juillet 1794), il est sauvé par la chute de Robespierre. Il n'en conservera pas moins durant tout l'Empire une réputation de terroriste
.
Réal se fait oublier durant la réaction thermidorienne avant de réapparaître sous le Directoire dans l'ombre de Paul Barras. Il conseille celui-ci lors de la journée du 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795) et fait à cette occasion la connaissance du général Bonaparte. Barras lui confie ensuite le tri des papiers saisis par Jean-Victor Moreau dans les fourgons du général autrichien Johann Jacob Klinglin von Hadtstadt, documents qui contribuent à caractériser la trahison du général Jean-Charles Pichegru. En juillet 1799, le poste de Commissaire du Directoire près l'administration du département de Paris donne à Réal la direction de la police parisienne.
Après avoir tenté en vain de raccommoder Barras et Bonaparte, Réal lie son destin à celui de ce dernier et devient l'une des chevilles ouvrières du coup d'État du 18 brumaire. Il a pour rôle d'assurer la liaison entre les républicains modérés et le jeune général. Bonaparte le récompense en le nommant au Conseil d'État. Réal devient l'un des rédacteurs du Code Civil. C'est toutefois dans les couloirs du ministère de la Police qu'il va donner sa mesure, bien qu'il ait dû renoncer à l'espoir d'occuper le fauteuil de Joseph Fouché après la disgrâce de celui-ci.
En 1804, à la veille de la proclamation de l'Empire, Réal prend en charge la conduite des affaires de police au sein du Conseil d'État. C'est lui qui déjoue le complot de Georges Cadoudal. Il montre à cette occasion qu'il excelle dans l'instruction judiciaire, l'interrogatoire et la synthèse des preuves. En cela, ses méthodes se démarquent de celles de Fouché qui privilégient les réseaux d'informateurs et la manipulation politique.
La mort mystérieuse du général Jean-Charles Pichegru porte un coup à sa réputation. Elle n'est pas améliorée par son comportement durant le procès du duc d'Enghien. Réal, chargé de porter un message crucial à Napoléon pour retarder l'exécution ou demander des éclaircissements, s'endort de fatigue et n'arrive à Vincennes que quelques heures après que le prince a été fusillé. Cet assoupissement
interroge : désinvolture ou calcul politique ? Le débat reste ouvert.
Lorsque le ministère de la Police générale est rétabli, en juillet 1804, c'est à Fouché qu'il échoit de nouveau, Réal ne faisant office que de second. Il gère avec fermeté le premier arrondissement de la police (qui englobe une grande partie de l'Europe sous domination française). Il surveille l'opinion, censure la presse et traque les agents britanniques. Napoléon lui fait totalement confiance et se sert fréquemment de lui comme d'un contrepoids à l'encombrant Fouché.
Les services éminents de Réal se voient récompensés en 1808 par un titre de comte de l'Empire. Il n'a cependant rien d'un courtisan. C'est un professionnel de la sécurité d'État. Il professe que la survie des institutions dépend de la capacité de l'administration à maintenir l'ordre pendant que l'Empereur sillonne l'Europe. Policier redoutable mais doté d'une grande culture juridique, il est durant tout l'Empire un des piliers de l'appareil sécuritaire napoléonien et de la stabilité intérieure du régime.
Il ne sera pourtant jamais ministre. En 1810, il doit s'incliner devant Anne Jean-Marie René Savary pour la succession de Fouché. En 1815, Fouché lui dame à nouveau le pion. Réal a pourtant rejoint Napoléon dès son retour de l'île d'Elbe. Il sert donc comme Préfet de Police de Paris durant les Cent-Jours, un poste peu conforme à ses ambitions et à sa fidélité jamais démentie, s'efforçant de maintenir l'ordre dans la capitale. La défaite de Waterloo, après laquelle il tente de soulever la population en faveur de la dynastie des Bonaparte, met un terme à sa carrière.
La Restauration l'ayant proscrit par l'ordonnance du 24 juillet 1815 (sa dénonciation du double jeu mené par Fouché durant les derniers jours de l'Empire n'y étant sans doute pas étrangère), il émigre aux États-Unis, à Cape Vincent, où il rejoint une petite communauté d'exilés bonapartistes. Il y vit quelques années avant de bénéficier d'une amnistie et de rentrer en France en 1827.
En 1830, Pierre-François Réal accueille avec joie la révolution de Juillet (Stendhal, Souvenirs d'égotisme). Les dernières années de sa vie sont consacrées à la rédaction de ses mémoires. La mort le fauche subitement à Paris le 5 janvier 1834. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise, avec les honneurs militaires.
Portrait du XIXe siècle
Réal a laissé un remarquable récit du 13 vendémiaire : Essai sur les journées des 13 et 14 vendémiaire.
Ses souvenirs ont été publié en 1835, sans que son nom soit mentionné, sous le titre : Indiscrétions, 1798-1830. Souvenirs anecdotiques et politiques tirés du portefeuille d'un fonctionnaire de l'Empire mis en ordre par Musnier-Desclozeaux.